La Croix: "Voix off", un métier de l'ombre.janvier 7th, 2011

« Voix off », un métier de l’ombre.

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Elles sont aussi familières qu’anonymes, annoncent les programmes, commentent les documentaires et donnent la réplique aux animateurs, à la radio et à la télévision.
En ce début d’année, les bureaux feutrés de la société Ovitec, à Paris, ont des allures de ruche. Plannings en main, ingénieurs du son, rédacteurs et techniciens de France 2 s’affairent pour boucler les bandes-annonces du jour.

Dans le « bocal », une petite pièce vitrée et insonorisée qui donne sur le studio d’enregistrement, Fred Courtadon, voix off sur la chaîne publique, enregistre le sommaire diffusé à l’antenne dans trois jours.  » Ne fermez pas les yeux, vous risqueriez de passer à côté de l’assassin… « , met en garde la jeune femme, penchée sur son micro.

Comme un écho à ses paroles, les visages sombres de Robin Williams et Al Pacino défilent sur un petit écran, sous ses yeux. Depuis septembre 2006, cette Belge de 37 ans a rejoint le service chargé de l’habillage et de l’autopromotion sur France 2.
« Trouver le ton juste » ou « communiquer son émotion »

« Imaginer un sommaire est un travail d’équipe. Le réalisateur conçoit un montage vidéo de 30 à 35 secondes, avec les passages clés des programmes. Nous les visionnons ensemble, et j’écris les textes, pour les accompagner. Lors de l’enregistrement, j’essaie de communiquer mon émotion aux téléspectateurs, sans surjouer », confie cette ancienne animatrice sur M6.

Au siège d’Arte, à Strasbourg, l’ambiance est tout autre. Sylvie Caspar, l’unique voix off française de la chaîne franco-allemande, se rend chaque semaine dans la capitale alsacienne pour enregistrer les bandes-annonces des huit prochains jours.

 » Des rédactrices préparent les textes. Nous les lisons ensemble, pour trouver le ton juste. Je cherche d’abord à transmettre une chaleur, une légèreté et une harmonie « , sourit cette ancienne assistante vétérinaire à la voix douce et aérienne, repérée voilà seize ans lors d’un casting.
Une profession peu connue du grand public

Familières à nos oreilles, les voix off exercent néanmoins un métier peu connu du grand public. Pourtant, ces « professionnels sans visage » jouent un rôle stratégique dans le paysage télévisuel et radiophonique actuel.

 » Notre rôle est de donner une identité et une couleur sonore à la station ou à la chaîne. Sur France Info, nous assurons également une unité entre les chroniques, très courtes « , explique Anne Ferrier, voix off sur la station depuis 1992.

Mais leur mission ne se limite pas à l’annonce des programmes à venir. Certaines voix off donnent la réplique aux animateurs, dans de nombreux divertissements.

Depuis douze ans, Pierre Galibert, 45 ans, a tour à tour sévi aux côtés de l’animateur Jean-Luc Reichman, puis de Tex, dans les Z’amours , sur France 2.

Dans les décors colorés et clinquants des studios d’enregistrement, à Saint-Cloud, la complicité entre les deux hommes est évidente.  » Je suis le faux méchant, l’empêcheur de tourner en rond. J’interviens lorsque Tex m’interpelle, que les candidats éprouvent des difficultés ou mettent trop de temps à répondre « , résume ce Toulousain, qui a fait ses armes sur RMC et Nostalgie.
Des vocations toujours plus nombreuses

Assurer les commentaires dans les documentaires représente une autre facette du métier . Patrick Kuban, comédien et voix off pour Canal Plus, RTL 2 et l’émission « Fort Boyard » (France 2), s’est imposé comme un spécialiste du genre. Chaque année, il commente une trentaine d’œuvres, diffusées entre autres sur France 3 ou France 5.

« La principale difficulté consiste à caler sa voix sur le “time code”, une horloge qui défile à l’écran. Je découvre les textes deux jours avant l’enregistrement. Pas de droit à l’erreur, car les budgets sont limités. Pour une œuvre de 52 minutes, il est impossible d’excéder trois heures en studio », explique cet ancien élève du cours Florent, qui a collaboré avec une centaine d’employeurs depuis ses débuts, en 1990.

Les difficultés du métier ne découragent pas les vocations, toujours plus nombreuses. Une affluence qui incite les voix off à se diversifier, en attendant d’être, peut-être, un jour, à la barre de leur propre émission.

Vinciane Millereau, sur France 5, en est un exemple. Cette comédienne de 35 ans au timbre suave et distingué réalisera en avril son premier court-métrage, et attaquera ce mois-ci une nouvelle saison de la série « Central nuit », pour France 2.

source : La croix - Élisabeth Petit